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Inside Marc Dorcel

Si la baseline de la société Marc Dorcel annonce « Luxure depuis 1979 », la star des producteurs de X en France, âgé aujourd’hui de 80 ans, a vécu toutes les révolutions du porno depuis les années 60 et notamment celle du web. L’industrie du X a très vite, sous l’impulsion d’entrepreneurs comme lui, su s’adapter à la nouvelle donne de distribution et a anticipé nombre de pratiques qui font le bonheur du e-commerce (fidélité, freemium, abonnements…). Marc Dorcel en ligne aujourd’hui, c’est notamment un site vitrine, Dorcel TV, une plateforme VOD, DorcelVision, et un site destiné aux femmes, Dorcelle.com.

Le secteur n’échappe pas à la crise en ce moment, d’autant que les offres légales doivent faire face au raz de marée du piratage sur les plateformes dites « Tubes » du X. La société Marc Dorcel a su rester agile, en mode startup, dans une politique de diversification massive et de segmentation. Elle produit ses propres films dans de multiples versions et formats adaptés à l’ensemble des marchés, fournit des programmes adultes aux chaînes TV, développe une gamme de sex toys, édite des magazines papier, expérimente les nouvelles possibilités offertes par la 3D et a même tenté et réussi une production en crowdfunding, « Mademoiselle de Paris ».

La société regroupe aujourd’hui une quarantaine de collaborateurs sur 2 sites parisiens et revendique un CA de 28 M€/an dont 70% sur le numérique. Rencontre avec Ghislain Faribeault, VP Media de Marc Dorcel SA. @dorcel

Bertrand Lenotre : Bonjour Ghislain.

Ghislain Faribeault : Bonjour Bertrand.

Bertrand Lenotre : On est ici dans les bureaux de Marc Dorcel, de la société Marc Dorcel, parce que c’est un nom, c’est une marque. C’est aussi une société qui regroupe combien de personnes?

Ghislain Faribeault : Une quarantaine de collaborateurs sur deux sites.

Bertrand Lenotre : Là, c’est un des sites qui est spécialisé en quoi, finalement, celui-là?

Ghislain Faribeault : Le média.

Bertrand Lenotre : Le média?

Ghislain Faribeault : On fabrique nos différentes chaînes de télé, notre magazine, et nos différentes activités digitales: web, mobile, et VOD. Le contenu est géré ici, mais par contre, on ne tourne pas en studio ou autre. Notre activité est plutôt dédiée au retail et à la finance.

Bertrand Lenotre : Il y a trois étages. Ici, ça se répartit comment?

Ghislain Faribeault : Vous avez un premier étage qui est dédié à la post-production et à la fabrication digitale. Un deuxième qui est lié au contenu digital et à la VOD. Et un dernier qui est dédié au magazine.

Bertrand Lenotre : Est-ce que votre secteur en général se porte bien? Et est-ce que la maison Dorcel se porte bien en ce moment?

Ghislain Faribeault : Alors le secteur, contrairement au cliché de “Internet et le porno, il n’y a pas de problème”, le secteur connaît une crise, comme tout le monde, qui est due, ben, à la crise générale du pouvoir d’achat, et également au piratage. C’est une concurrence qui est déloyale, puisque de un, ils ne produisent pas le contenu, ils le piratent. Deux, ils sont hébergés dans les paradis fiscaux. Et trois, ils ne respectent absolument aucun contrôle parental. Et donc du coup, on a affaire à de nombreux sites Internet. Le plus dangereux est que dans l’opinion publique, les gens n’ont pas l’impression que ces sites sont illégaux.

On a l’habitude de dire que l’industrie adulte fait partie des plus innovantes, et c’est le cas, puisqu’en général, si l’industrie adulte adhère à une technologie, en général, les autres industries suivent. Effectivement, Marc a commencé en faisant de l’édition de romans érotiques. Ensuite, il est passé au roman photo. Là, on est dans les années 60, 70. Du roman photo est née la vidéo. Marc a été le premier à tourner directement en vidéo un film pornographique. Ensuite, il y a eu le DVD, la diffusion télé, Internet.

Nous avons inventé beaucoup de modèles. Pas forcément que Dorcel, mais en tous cas, Internet a vécu de grandes années sans l’adulte, que ce soit l’audio-tel également, le minitel, aussi une grande époque, est née grâce à l’adulte.

Bertrand Lenotre : On est arrivés à l’étage inférieur, Ghislain?

Ghislain Faribeault : Oui.

Bertrand Lenotre : Là, c’est toute la production vidéo. Il y a deux parties un peu différenciées, en fait.

Ghislain Faribeault : Ce sont toutes les activités de post-production. Là, cette partie derrière moi est plutôt dédiée à la télé, que ce soit pour la fabrication de nos émissions pour nos différentes chaînes de télé, ou pour nos chaînes de télé partenaires. On produit notamment une émission pour D17, ça s’appelle “Enquête très spéciale”. On distribue dans plus de 56 pays, et sur les chaînes de télé, elles sont disponibles dans plus d’une trentaine de pays.

On a créé il y a dix ans, DorcelVison.com qui est notre site de vidéos à la demande sur Internet, et depuis huit ans, nous diffusons, nous gérons et/ou nous opérons des services de VOD directement en iptv ou câble en France ou à l’étranger. Et sur la partie vidéo à la demande, nous avons trois casquettes: nous sommes un producteur de contenu, la marque Dorcel, nous sommes agrégateurs de contenu, nous diffusons plus de 70 de nos concurrents, finalement, nous les représentons en exclusivité en Europe, et nous sommes également facilitateurs de business pour les opérateurs, puisque certains opérateurs qui veulent faire de la vidéo à la demande, ne sait pas comment faire de la vidéo à la demande adulte, et donc va nous confier à nous le développement et/ou la gestion de leurs services. Chaque production existe en douze langues, existe en version hard, et elle existe en version soft, et elle va être livrée par l’opérateur en film entier, telle scène, dans telle langue, avec tel sous-titre, avec tel générique, et avec telle version du film, parce que certains opérateurs imposent d’avoir des normes, avoir des chartes à l’intérieur du contenu… Il y a des déclinaisons à l’infini qui existent.

Bertrand Lenotre : Ghislain, on est arrivés dans votre bureau, ici, avec pas mal d’objets. J’imagine qu’il y a toute la gamme, quasiment, ou une partie de la gamme des objets?

Ghislain Faribeault : Quasiment. C’est pratiquement mon musée, ouais.

Bertrand Lenotre : C’est un petit musée personnel. Parlons chiffres. Il y a cinq ans, on avait un chiffre qui était de quinze millions d’euros de chiffre d’affaire pour l’entreprise. est-ce que, aujourd’hui, vous avez un chiffre à donner sur ce qui se passe?

Ghislain Faribeault : Il a augmenté. 28 millions. La croissance est assez forte, qui est plus difficile cette dernière année, on va pas se mentir. Mais par cette stratégie de diversification, nous avons énormément augmenté notre chiffre d’affaire.

Bertrand Lenotre : Qu’est-ce qui fait le relais principal, en fait?

Ghislain Faribeault : Actuellement, ça reste la vidéo à la demande.

Bertrand Lenotre : C’est vraiment ça qui a fait décoller depuis combien de temps?

Ghislain Faribeault : 70% du chiffre d’affaire doit venir du digital.

Bertrand Lenotre : Est-ce qu’il y a des choses que vous êtes en train de mettre en place, qui vont germer dans les prochaines années? Est-ce que ce secteur-là est amené à se renouveler? Se révolutionner une fois de plus?

Ghislain Faribeault : Nous, on travaille rarement avec un business plan à 2 ans, 5 ans ou autre. Ça, on sait pas faire.

Bertrand Lenotre : C’est-à-dire que vous naviguez à vue, très rapidement?

Ghislain Faribeault : On navigue un peu à vue, on a des projets à trois mois, voire six mois au maximum. On est plutôt dans l’esprit start-up ou autre. Un, c’est la, la stratégie, la mentalité, les valeurs de la société. Et deux, nous vivons en fonction des contraintes légales, techniques, donc on est obligés d’avoir cette réactivité, et du coup d’être en permanence le nez sur le guidon, et pas du tout de regarder, pratiquement, au loin, la route.

Bertrand Lenotre : Vous avez le sentiment de travailler dans une boîte de production tout ce qu’il y a de plus traditionnel?

Ghislain Faribeault : Alors, complètement classique pour moi. J’ai une distance assez forte avec le contenu. Je pense que je pourrais vendre n’importe quoi, il y a pas de problème. Après, à l’inverse, c’est que ça apporte par contre une touche de fun et de rigolo, parce que forcément, c’est un peu atypique. Et donc forcément, ça vous ouvre à des choses complètement différentes.

Bertrand Lenotre : Est-ce que vous rêvez qu’on vous reconnaisse à votre juste titre dans l’ensemble du, on va dire, dans l’ensemble du web, pour le travail accompli depuis une quinzaine d’années, parce que vous avez créé pas mal de choses?

Ghislain Faribeault : Je pense que Marc Dorcel l’est.

 

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