Bureau à Partager
27 janvier 2017

Inside Marc Dorcel

Reportage

Si la baseline de la société Marc Dorcel annonce « Luxure depuis 1979 », la star des producteurs de X en France, âgé aujourd’hui de 80 ans, a vécu toutes les révolutions du porno depuis les années 60 et notamment celle du web. L’industrie du X a très vite, sous l’impulsion d’entrepreneurs comme lui, su s’adapter à la nouvelle donne de distribution et a anticipé nombre de pratiques qui font le bonheur du e-commerce (fidélité, freemium, abonnements…). Marc Dorcel en ligne aujourd’hui, c’est notamment un site vitrine, Dorcel TV, une plateforme VOD, DorcelVision, et un site destiné aux femmes, Dorcelle.com.

Le secteur n’échappe pas à la crise en ce moment, d’autant que les offres légales doivent faire face au raz de marée du piratage sur les plateformes dites « Tubes » du X. La société Marc Dorcel a su rester agile, en mode startup, dans une politique de diversification massive et de segmentation. Elle produit ses propres films dans de multiples versions et formats adaptés à l’ensemble des marchés, fournit des programmes adultes aux chaînes TV, développe une gamme de sex toys, édite des magazines papier, expérimente les nouvelles possibilités offertes par la 3D et a même tenté et réussi une production en crowdfunding, « Mademoiselle de Paris ».

La société regroupe aujourd’hui une quarantaine de collaborateurs sur 2 sites parisiens et revendique un CA de 28 M€/an dont 70% sur le numérique. Rencontre avec Ghislain Faribeault, VP Media de Marc Dorcel SA. @dorcel

Bertrand Lenotre : Bonjour Ghislain.

Ghislain Faribeault : Bonjour Bertrand.

Bertrand Lenotre : On est ici dans les bureaux de Marc Dorcel, de la société Marc Dorcel, parce que c’est un nom, c’est une marque. C’est aussi une société qui regroupe combien de personnes?

Ghislain Faribeault : Une quarantaine de collaborateurs sur deux sites.

Bertrand Lenotre : Là, c’est un des sites qui est spécialisé en quoi, finalement, celui-là?

Ghislain Faribeault : Le média.

Bertrand Lenotre : Le média?

Ghislain Faribeault : On fabrique nos différentes chaînes de télé, notre magazine, et nos différentes activités digitales: web, mobile, et VOD. Le contenu est géré ici, mais par contre, on ne tourne pas en studio ou autre. Notre activité est plutôt dédiée au retail et à la finance.

Bertrand Lenotre : Il y a trois étages. Ici, ça se répartit comment?

Ghislain Faribeault : Vous avez un premier étage qui est dédié à la post-production et à la fabrication digitale. Un deuxième qui est lié au contenu digital et à la VOD. Et un dernier qui est dédié au magazine.

Bertrand Lenotre : Est-ce que votre secteur en général se porte bien? Et est-ce que la maison Dorcel se porte bien en ce moment?

Ghislain Faribeault : Alors le secteur, contrairement au cliché de “Internet et le porno, il n’y a pas de problème”, le secteur connaît une crise, comme tout le monde, qui est due, ben, à la crise générale du pouvoir d’achat, et également au piratage. C’est une concurrence qui est déloyale, puisque de un, ils ne produisent pas le contenu, ils le piratent. Deux, ils sont hébergés dans les paradis fiscaux. Et trois, ils ne respectent absolument aucun contrôle parental. Et donc du coup, on a affaire à de nombreux sites Internet. Le plus dangereux est que dans l’opinion publique, les gens n’ont pas l’impression que ces sites sont illégaux.

On a l’habitude de dire que l’industrie adulte fait partie des plus innovantes, et c’est le cas, puisqu’en général, si l’industrie adulte adhère à une technologie, en général, les autres industries suivent. Effectivement, Marc a commencé en faisant de l’édition de romans érotiques. Ensuite, il est passé au roman photo. Là, on est dans les années 60, 70. Du roman photo est née la vidéo. Marc a été le premier à tourner directement en vidéo un film pornographique. Ensuite, il y a eu le DVD, la diffusion télé, Internet.

Nous avons inventé beaucoup de modèles. Pas forcément que Dorcel, mais en tous cas, Internet a vécu de grandes années sans l’adulte, que ce soit l’audio-tel également, le minitel, aussi une grande époque, est née grâce à l’adulte.